Lorsque j'étais plus jeune, j'étais très pudique. Pendant de longues années, avant de commencer la PMA, je n'envisageais pas de voir un gynécologue homme. Je voulais absolument que mon gynécologue soit une femme ; j'étais gênée à l'idée qu'un homme me fasse un examen gynécologique.
La première fois qu'un homme m'a fait un examen gynéco complet, j'avais 18 ans. J'étais à l'hôpital pour être opérée de kystes ovariens en urgence suite à des douleurs pelviennes atroces. J'avais été très surprise, je ne m'y attendais pas. Un médecin est entré dans ma chambre, m'a dit "je vais vous examiner" et je me suis retrouvée là, les jambes écartées, révélant toute ma féminité et mon intimité à un inconnu.
Evidemment, de la FIV à l'accouchement, j'ai eu l'occasion de me roder à ce genre de situations. Mais je me souviens très bien qu'à l'époque, j'avais été troublée.
Pendant la période d'investigations d'une stérilité, on doit avoir des rapports sexuels "programmés". Le summum est le test de Hüner (test post-coïtal, ça veut tout dire...), qui impose des rapports à une heure donnée en vue d'un prélèvement de glaire cervicale pour lequel on a pris rendez-vous dans un laboratoire.
Et pendant les années de tentatives infructueuses, c'est difficile aussi : on a des rapports dès qu'on pense qu'il y a ovulation, avant, pendant, après, ça devient obsédant et contraignant. Ma gynécologue de l'époque me disait : "ayez des rapports fréquents, mais au bon moment ! et n'épuisez pas votre mari"... Très drôle. Des rapports au bon moment ! Avec mes cycles chaotiques, de longueur variable, impossible de savoir quel était le bon moment.
Si bien que finalement, de ce point de vue, la FIV est presque vécue comme un soulagement. Les rapports sexuels redeviennent libres, dénués de contraintes et de pression. Plus de calendrier pour faire les câlins, quel bonheur !
Mais avec la PMA, c'est tout le corps médical qui s'engouffre dans l'intimité de la femme, de l'homme et du couple...
En effet, la patiente subit un nombre incommensurable d'examens gynécologiques, d'échographies endo-vaginales, et autres cathéters introduits dans l'uterus etc. C'est sûr, on finit par mettre sa pudeur de côté à force. Quand on va chez le médecin, c'est automatique, on se déshabille, on monte sur la table d'examen et on écarte les jambes, sans même avoir à y penser...
Quant à l'homme, il est amené à produire sur demande le sperme utilisé pour la FIV ou pour les spermogrammes. Il fait ça dans un petit box au fond d'un labo, avec pour seule compagnie quelques magazines et son imagination.
Il y a plus romantique quand on pense à concevoir un bébé ensemble.
Lorsque l'on va en consultation dans un centre de PMA, il y a souvent beaucoup de couples dans la salle d'attente. Certains sont là pour leur première consultation, d'autres attendent la ponction ou le transfert d'embryon. Et quand on entend la personne du labo entrouvrir la porte et appeler "M. Machin", on sait tous que M. Machin va produire un échantillon de sperme derrière cette porte. Mais on fait comme si de rien n'était, on prend l'air dégagé. C'est presque comique.
Je crois que ce qui est difficile avec toute cette procédure de PMA, c'est qu'on ne conçoit pas son bébé dans l'intimité. On a l'impression de le faire devant tout le monde : devant le corps médical, devant les autres couples dans la salle d'attente. C'est troublant. Et même si on est libéré, même s'il n'y a pas de tabou ni de honte, même si l'on en parle ouvertement et sans gêne, ça reste une expérience singulière.
Voilà aussi pourquoi on n'a pas l'impression de faire son bébé comme tout le monde.

Les commentaires récents