Pendant toute la période où nous tentions d'avoir un bébé, d'abord naturellement, puis par PMA, je ne pensais qu'à une chose : être enceinte. Je pensais qu'ensuite tout irait bien, que ça serait facile... Que la grossesse serait une formalité, et que le bébé arriverait tout seul.
Je me disais qu'une fois l'épreuve de la PMA passée, et dès la grossesse débutée, tout serait tellement plus simple. Je n'avais pas envisagé que je pourrais aussi vivre ma grossesse avec difficultés, et que tout ne serait pas forcément rose lorsque je serais enceinte.
Pourtant, connaissant mon tempérament, j'aurais pu m'en douter... Mais je crois que le fait d'avoir dû traverser les épreuves de la PMA a accentué ma tendance naturelle à m'angoisser. Je n'ai pas vécu ma première grossesse dans la sérénité, surtout pas le premier trimestre.
Il est vrai que j'ai eu des problèmes : perte de l'un des deux embryons à quelques semaines de grossesse, saignements à répétition dus à un col hémorragique, contractions fréquentes dès 3 mois... Si bien que passés les premiers instants de bonheur suite à l'annonce du résultat, j'ai commencé à m'inquiéter, avec la peur quasi-constante de perdre la grossesse et mon bébé. Lorsque le labo m'a annoncé le résultat positif par téléphone, j'avais tellement peur d'y croire que j'ai rappelé une 2ème fois pour être sûre qu'il ne s'agissait pas d'une erreur. Je n'avais plus qu'une chose en tête : "Je vais avoir un bébé !!!". Quels instants de bonheur, que j'ai partagés avec mon mari ! Mais il ne m'a pas fallu longtemps pour me laisser rattraper par mes angoisses et mes peurs.
Peur des maladies susceptibles d'atteindre mon bébé, peur de la trisomie 21, peur de la fausse-couche, peur de tout et n'importe quoi. Seul le fait de sentir le bébé bouger me rassurait, mais bien sûr, pendant le 1er trimestre, tant que je ne le sentais pas bouger, je ne pouvais que prendre mon mal en patience en espérant que tout irait bien. J'ai dû passer plusieurs semaines au repos quasi-complet à cause des saignements, et je passais mon temps à scruter le moindre signe que quelque chose allait mal. Régulièrement, j'ai eu l'impression que mes symptômes de grossesse s'estompaient, ce qui me paniquait totalement ; et puis ils revenaient de plus belle. La présence de ces symptômes me rassurait sur le fait que j'étais toujours enceinte.
On investit beaucoup dans une grossesse issue de PMA, j'ai envie de dire qu'on surinvestit ces grossesses : la grossesse a été tellement difficile à obtenir, elle a demandé tellement d'efforts que la peur de la voir s'interrompre et de devoir tout recommencer à zéro est omniprésente. En tout cas elle l'était pour moi.
Ce sentiment a peut-être été favorisé par le fait que le corps médical est particulièrement prudent vis-à-vis de ces grossesses, que ma gynécologue appelle "précieuses".
Comme si toute grossesse n'était pas précieuse... Bien sûr que toute grossesse est précieuse pour les futurs parents, de par l'espoir et le bonheur qu'elle représente.
Mais les grossesses FIV ou ICSI sont précieuses à de nombreux égards : elles ont coûté cher (à la sécu et souvent aux futurs parents), elles ont mobilisé beaucoup d'énergie et d'efforts de la part des futurs parents et de l'équipe médicale.
Mes médecins m'ont donc recommandé de prendre beaucoup de précautions dès qu'il y a eu le moindre souci.
Quand on est enfin enceinte, on redevient comme toutes les femmes enceintes, après tous ces mois où l'on s'est senti en marge de la normalité à cause de la FIV ! Mais en fait, je ne me suis pas sentie enceinte comme tout le monde... J'étais plus stressée et anxieuse que la plupart des femmes enceintes je pense. Comme si la FIV avait laissé des "séquelles" qui m'avaient rendue fragile et un peu trop sensible et angoissée.
Quand le 1er trimestre s'est enfin achevé, j'ai commencé à me détendre un peu, et le 2ème et le 3ème trimestre ont été plus sereins que le premier. J'ai retrouvé la forme et j'ai commencé à réaliser que peut-être j'arriverais au bout de ma grossesse sans encombre, et qu'à la fin j'aurais un bébé ! Donc j'en ai mieux profité.
Pour moi, cette grossesse était plus précieuse que tout. J'ai passé 9 mois centrée sur mon nombril et mon ventre. J'ai eu un arrêt de travail durant toute ma grossesse en raison des saignements, et j'ai donc eu tout le loisir d'en profiter mais aussi de stresser. Que ces 9 mois m'ont semblé longs ! Je crois que la pression n'était pas vraiment retombée après la FIV : elle est restée à un niveau élevé pendant toute la durée de ma grossesse (avec bien sûr des périodes plus ou moins sereines) et ce jusqu'à l'accouchement.
Après beaucoup d'angoisses et de rebondissements, mon fils est finalement né à deux semaines du terme, en parfaite santé et tout à fait normal ! Ce n'est qu'à ce moment que j'ai enfin soufflé, après plus d'un an de PMA puis de grossesse et d'angoisse.

Chère Christine,
Merci infiniment pour tous ces maux,tous ces mots,si similaires à chacun de mes sentiments présents,merci pour tout,même si cela déclenche(une fois de plus)des larmes,de joie,de compassion,d'inquiètude,de tout, de rien...c'est tellement bon de ne pas se sentir seule!
merci encore
mélanie
Rédigé par: melanie | 23/09/2006 à 02:52