Après des mois ou des années d'essai de bébé-couette, lorsque l'on se lance "tout schuss" dans un parcours de PMA qui apparaît enfin comme une réelle opportunité d'avoir un enfant, on n'a envie de ne faire que cela, jusqu'à ce que ça marche.
En tout cas, c'est comme ça que je l'ai vécu. Enchaîner les tentatives, coûte que coûte, encaisser les échecs pour que renaisse l'espoir à chaque nouvel essai et surtout ne pas s'arrêter ! C'est presque une fuite en avant. Ca devient vite obsédant, et comme les contraintes de calendrier sont fortes, on peut avoir tendance à organiser toute sa vie autour des protocoles de FIV, des rendez-vous au labo ou à l'hôpital, et ne plus rien faire d'autre.
Au mieux, on bouche les trous laissés par le calendrier de la FIV, pour peu que l'on ait encore de la force pour faire autre chose que travailler, faire des prises de sang et des piqûres. J'ai gardé un souvenir d'une sorte d'isolement pendant mes deux FIV. Surtout pendant la première, car je travaillais et n'avais guère d'énergie pour faire autre chose que mon travail, et la FIV. Mais même durant la seconde, j'ai ressenti cela. Je trouve que ça occupe tellement l'esprit qu'on n'arrive plus à penser à soi. Ca devient difficile de prendre le temps de se détendre, de se consacrer à son couple, ou à ses amis.
La tentation est forte de s'enfermer dans les tentatives, de ne pas s'accorder de répit entre 2 essais, et donc à terme, de négliger sa vie sociale et sa santé.
Et puis, peut-être l'isolement est-il en fait volontaire ? Ce que l'on vit dans ces moments est si prenant et peu commun que peut-être n'a-t-on pas envie de "se frotter" aux autres qui ne comprennent pas ? Je me demande si le fait de s'enfermer dans ses espoirs, ses doutes et ses angoisses n'est pas dans ces moments-là un réflexe de défense ou de protection.
Ca dépend probablement aussi des tempéraments ; certaines ont besoin de faire autre chose pour se changer les idées et utilisent leur vie sociale comme une soupape, d'autres (dont je fais partie) ont besoin de se concentrer sur leur problème pour le surmonter et le maîtriser.
Toujours est-il que les injections quotidiennes, les prises de sang et les échographies fréquentes, la fatigue, l'irritabilité, peuvent devenir autant d'excuses pour ne plus rien faire d'autre. Or, il arrive un moment où il doit être salutaire de savoir s'arrêter pour s'occuper de soi, et de son mari. Surtout lorsque les échecs se suivent. Certains centres de PMA refusent d'enchaîner les tentatives trop rapprochées, car le corps et l'esprit ont besoin de récupérer ; il est bien connu que les traitements hormonaux épuisent le corps, et les échecs répétés épuisent l'esprit. Il est donc légitime de se dire que faire des pauses régulières dans les protocoles est une bonne solution pour arriver à tenir la distance sur le long terme, puisqu'un parcours de PMA ressemble beaucoup à une course d'endurance.
Arriver à se ménager du temps à deux, pour des sorties ou des week-ends, continuer à voir ses amis, toutes les femmes qui font des FIV savent qu'il faut se forcer à le faire si l'on ne veut pas que le désir de bébé tourne à l'obsession. Ca permet de lâcher régulièrement cette pression que l'on subit à chaque tentative. Mais ça n'est pas simple. Personnellement, j'ai tendance à tout arrêter pour me consacrer à 100% à la FIV ; évidemment, et heureusement, ce n'est pas possible. On continue à vivre, à assurer le minimum au quotidien mais si les choses traînent, ça devient vite aliénant. Pour moi, la vie pendant la FIV n'est pas la même...
J'ai eu la chance que mes 2 FIV fonctionnent assez rapidement, je n'ai donc pas été confrontée au problème de devoir, au bout d'un moment, décider de faire une pause pour me ressourcer et reprendre des forces avant de recommencer. Mais je sais que c'est une décision que j'aurais eu du mal à prendre, même si je suis convaincue qu'il arrive un moment où il faut savoir le faire.

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