Le stress de l'horloge biologique... J'ai déjà indirectement abordé ce thème dans mon article Petit don d'embryons entre amis. Un article récemment posté par Thalya sur son blog, intitulé Typing my mind while trying not to alienate everyone in sight, m'amène à revenir sur ce sujet.
La réfléxion de Thalya porte sur le fait que l'âge est un facteur de stress et d'angoisse supplémentaire pour les couples qui ont recours à la FIV (fécondation in vitro). Loin d'utiliser l'argument de l'horloge biologique pour revendiquer le monopole de l'angoisse face à la FIV, elle souligne quand même que plus le temps passe, plus le nombre de tentatives disponibles diminue et donc plus l'espoir s'amenuise. Ce qui ajoute forcément à l'inquiétude qui précède chaque essai et à la douleur qui accompagne chaque échec.
En tant que "jeune" femme ayant recours à la FIV (nous avons entamé notre 1ère FIV à 29 ans), je ne me suis jamais posé beaucoup de questions sur la manière dont on peut vivre une telle expérience à un âge plus avancé. Bien sûr, à aucun moment de mon parcours de FIV je n'ai cessé d'entendre le tic tac de l'horloge biologique, car je connais les statistiques de réussite des FIV, et je sais qu'elle chutent fortement avec l'âge.
En effet, d'une part le nombre d'ovocytes recueilli par ponction diminue avec l'âge : de 12 en moyenne entre 25 et 30 ans à 5 en moyenne à partir de 40 ans. D'autre part, le taux de nidation diminue également avec l'âge féminin : lorsque l'on transfère à 2 jours de culture, il chute de 15% entre 25 et 30 ans à 7% à 40 ans. Ainsi, au global, le taux de grossesses par ponction diminue avec l'âge féminin : il est stable jusqu'à 35 ans , mais passe de 24% à 30 ans, à 14% à 40 ans puis à 2% à 45 ans *.
C'est ce qui nous a toujours motivés, Louis et moi, à ne pas perdre de temps et à enchaîner les tentatives sans attendre, quand c'était possible. C'est également l'un des facteurs (avec l'envie bien sûr) qui nous a poussés à refaire une FIV pour avoir un 2ème enfant alors que notre fils était encore petit.
Mais j'ai fait tout cela sans vraiment me poser de questions, dans le sens où je n'avais jamais pris la peine de réfléchir à ce que l'on peut ressentir lorsque l'on est en PMA depuis des années et que l'on voit le temps passer sans grossesse et les chances de réussite diminuer en raison de l'âge.
Je me souviens avoir fréquemment "subi" des réflexions telles que "Mais il n'y a pas d'urgence, vous êtes jeunes", ou pire "Mais vous avez de la chance : vous êtes jeunes". Je l'ai déjà dit, dans notre situation, il y a eu des moments où le fait d'entendre que nous avions de la chance (parce que nous étions jeunes, ou que nous avions beaucoup d'embryons) me mettait hors de moi. En quoi était-ce une chance de savoir que nous ne pourrions pas faire nos enfants comme tout le monde, voire même que nous risquions de ne jamais en avoir ? Avec le recul, je reconnais que le fait d'être diagnostiqué à moins de 30 ans est un atout car cela laisse du temps pour envisager plusieurs tentatives et les chances de réussite sont aussi plus élevées.
Il se trouve que nous avons décidé assez jeunes d'avoir des enfants : nous avions 25 ans lorsque j'ai arrêté la pilule. Heureusement !
Mais ça n'est pas forcément évident pour tout le monde : avant d'envisager de faire des enfants, encore faut-il avoir trouvé un conjoint avec qui on a envie de les faire... Or on ne rencontre pas forcément cette personne sur les bancs de l'école ou de la FAC. Pour peu qu'un couple se rencontre plus tard, le diagnostic d'infertilité peut intervenir beaucoup plus tardivement que ça n'a été le cas pour nous. Et la situation est alors moins favorable et plus stressante, je n'en doute pas.
La fertilité chute avec l'âge, c'est vrai en fécondation in vitro comme en fécondation naturelle.
Pour autant, les couples jeunes ne sont pas pour épargnés dans le parcours de FIV. Leur âge ne les dispense pas de traverser les mêmes affres que les couples plus âgés. Tous les couples ayant recours à la PMA, quel que soit leur âge, doivent faire le deuil de leur fertilité et accepter le fait qu'ils n'auront pas d'enfant naturellement. Ils ont tous peur de ne jamais avoir d'enfant, et cette perspective n'est pas forcément plus facile à accepter quand on est jeune ! Il me semble que contempler un avenir qui sera peut-être sans enfant à 20, 25 ou 30 ans n'est pas plus facile qu'à 40 ou 45. Et tous ces couples en PMA doivent surmonter le sentiment d'injustice qui peut s'emparer d'eux, qu'ils soient jeunes ou moins jeunes.
Au-delà de ça, qui sont les plus à plaindre ? Est-ce que nous avons plus, ou au contraire moins souffert que les autres couples en PMA ? Est-ce que nous avons eu plus, ou moins de chance que les autres ? Je ne sais pas, et franchement, je m'en moque. Moins de chance que les couples qui font des bébés couettes, plus de chance aussi que ceux qui n'arrivent pas avoir d'embryon par FIV... Et bien sûr beaucoup plus de chance que ceux qui n'arrivent jamais à avoir d'enfant.
Je crois surtout que tout cela n'est pas un concours pour savoir qui souffre le plus ou qui a le plus de problèmes. Chaque couple traverse cette épreuve de manière différente, unique, en fonction de ses aptitudes et de son parcours personnel. L'âge est un élément déterminant et certes cruel dans ce parcours mais il y en a tant d'autres.
* Source : A Propos de la FIV et de l'ICSI en 200 Questions / Réponses, des Laboratoires Serono
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